Bao Daï - Le Dernier Empereur d'Annam

Condensé

Né le 22 octobre 1913 à Hué, et couronné le 8 janvier 1926, Bao Daï qui signifie « celui qui protége la grandeur », devient le 13éme empereur de la grande dynastie des Nguyen Phuoc.

La France redevient libre. Les Japonais dans la nuit du 9 au 10 mars 1945 purgent toutes les Garnisons françaises. Un massacre... On parle de 120 000 morts. La garnison de vietnamiens de Dongdang est massacrée au sabre. Les métis sont la proie de la haine. Le Traité de Protectorat devenant caduque, les Japonais imposent au Roi un leurre d'indépendance sous contrôle d'un gouvernement forcé pro-nippon.

Mais la révolution Viet Minh est en marche. Ho Chi Minh armé et soutenu par les Américains, s'impose en libérateur, obtient l'abdication de Bao Daï qui restera comme Conseiller Suprême.

Le Général de Gaulle ne veut pas perdre l'Indochine. Le général Leclerc reprend l'Indochine. La France va choisir la solution Bao Daï comme chef d'état. Elle offre en 1948 l'indépendance au Vietnam.

La France avec le Général de Lattre de Tassigny soutiendra l'empereur contre les Viet Minh. Dien Bien Phu et les accords de Genéve en 1954 marqueront la paix et le retrait de la France de l'Indochine. Le Vietnam est séparé en deux.

Bao Daï est renversé par référendum truqué par son ministre Ngo Dinh Diem pro-américain en 1955 qui ne veut pas la paix avec les communistes. Commence alors une dictature au Sud. C'est le début de la guerre du Vietnam. Bao Daï se retire en France. Il restera le chef spirituel des Vietnamiens, le Fils du Ciel.

Veuf de l'impératrice Nam-Phuong, il se remarie en 1972 avec une Française et Lorraine. Sa Majesté décéde à Paris le 31 juillet 1997 à Paris. Ses obséques furent célébrées le 6 août 1997 à Paris. Ce sont les anciens combattants qui l'ont porté devant l'autel de l'église de Chaillot à Paris 16éme. M. le Président de la République Jacques Chirac lui rendra hommage.

Le Dernier Empereur d'Annam

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 01

De tous les souverains de la dynastie des Nguyên en effet, S.M. Bao Daï (né le 22 octobre 1913 à Hué) fut le seul à pouvoir faire des études en France (il s'agit de la France du Siécle des Lumiéres et de la Déclaration de 1789) et ce pour une premiére étape (de 1922 à 1925) dés l'âge de neuf ans alors qu'il venait d'être investi, le 28 avril 1922, de la dignité de « Prince héritier de la Couronne » et à vouloir parfaire son éducation à l'occidentale pour une seconde étape (de 1926 à 1932) en tant qu'empereur (à 13 ans) placé sous régence jusqu'à l'âge de 19 ans.

On comprend alors les raisons pour lesquelles le dernier roi des rois, aprés avoir reçu une formation consacrée aux études classiques sino-vietnamiennes (de caractére confucéen), voulut au début de son régne moderniser les institutions devenues archaïques du pays que le fondateur de la dynastie des Nguyên (Nguyên Anh) avait unifié en 1802 (pays qui s’étendait alors et déjà de la frontiére de Chine au golfe de Siam) et auquel - aprés avoir été reconnu par l'Empire du Milieu - il donna en 1804 le nom de Viêt-Nam.

L’empereur Khai Dinh, fils de Dông Khanh et pére de Bao Daï, régna de 1916 (à 32 ans) à 1925. Il emmena le 15 mai 1922 le prince héritier (investi du titre le 28 avril 1922) en France pour ses études afin d'acquérir la science du pouvoir et l'art de gouverner de maniére moderne et démocratique un peuple en pleine évolution. Couronné le 8 janvier 1926 à 12 ans (à la mort de Khai Dinh le 25 novembre 1925), le jeune empereur retourne en France pour y faire des études de sciences politiques à partir de 1930, visiter l'Exposition Coloniale de 1931 et faire en cette occasion la connaissance du maréchal Lyautey.

Il sera de retour au Vietnam en 1932 pour régner et gouverner effectivement à l'âge de 19 ans. C'est le ministre Thai Van Toan qui est venu chercher le jeune souverain à Paris pour faire avec lui le voyage de retour au pays. Ils sont accueillis à l'arrivée par le Résident supérieur Chatel, le Régent Tôn Thât Hân et le ministre de l'intérieur Nguyên Huu Bài. Le nouvel empereur déclare solennellement vouloir inaugurer une nouvelle ére de modernité et de prospérité pour le peuple.


I. Bao Daï, un empereur réformiste et pour la modernité (1932-1945)

Dans le cadre de la monarchie absolue fortement centralisée (de l'Empire d’Annam avant l'arrivée des Français), l'empereur (ce titre est conservé en souvenir de sa domination sur l'Annam, le Tonkin et sur le Cambodge naguère), qui détient un mandat du Ciel (Fils du Ciel) règne et gouverne effectivement en s'appuyant sur deux grands Conseils et exerce l'administration du pays par l'intermédiaire de ses ministres. Il est de ce fait titulaire à la fois du pouvoir législatif qui s'exerce par des ordonnances (Du) et du pouvoir exécutif par des actes réglementaires appelés décrets, Sac et Chi. Les ministres n'étant que des agents d'exécution, prennent des règlements d'administration publique (Diêu Lê et Qui Tac), pour assurer l'exécution des actes impériaux. Il en est de même du pouvoir judiciaire, puisque l'empereur exerçant les pouvoirs civils et militaires, est juge suprême et possède un droit éminent sur les terres de ses sujets.

Les deux grands Conseils sont :
1) le Co Mât ou Conseil d'État ou Secret, composé de quatre grands mandarins (des deux premiers degrés dans la hiérarchie de la Cour) appelés les « Quatre Colonnes de l'Empire » (Tu Tru) qui est responsable de toutes les questions intéressant le bien de l'Empire. Dans cette tâche, ils sont assistés par des secrétaires qui sont des mandarins de rang inférieur. Le Co Mât assure la permanence du pays en dirigeant le gouvernement entre la mort du roi et l'intronisation de son successeur. C'est le Conseil suprême de l'Empire, en quelque sorte ;

2) le Nôi Cac ou Conseil des ministres, qui est divisé en six sections : l'intérieur, les Finances, les Rites, la justice, la Guerre, les Travaux publics et chargé de toutes les affaires du pays. Chaque section est dirigée par un président ayant le titre de ministre, deux vice-présidents et deux conseillers appelés assesseurs et qui sont tous assistés de secrétaires et de délégués. Cette administration du pouvoir central est complétée par un corps d'inspecteurs généraux chargés de mission au niveau provincial. L'article XVI du Traité de protectorat (sur l'Annam-Tonkin) de 1884 reconnaissant que « S.M. le Roi d'Annam continuera, comme par le passé, à diriger l'administration intérieure de ses Etats... », tout porte à croire que le Gouvernement du pays continue - malgré le protectorat - à être assuré, comme par le passé, normalement par la Cour de Hué.

La réalité est autre : si, à partir de 1880, l’administration du Tonkin est placée sous l'autorité du Kinh Luoc (vice-roi) nommé en principe par l'empereur et qui le représente, on constate que dès le 27 juillet 1897 et en vertu d'une nouvelle ordonnance, le Résident supérieur assume ces fonctions et représente à la fois l'administration française et l'administration annamite au Tonkin. Il est donc en même temps chef des Mandarins et chef des Agents du contrôle français (les Résidents). La même évolution a lieu en Annam. Des Résidents français sont dès 1886 installés dans les provinces. Chose plus grave : par ordonnance du 27 septembre 1897, la présidence du « Co Mât » est désormais confiée au Résident supérieur et sur le plan financier, le domaine d'intervention de l'administration française se trouve encore élargie par une ordonnance du 15 août 1898. D'autre part, par Convention (de quelle catégorie d'acte juridique s'agit-il ?) établie entre le Conseil de régence et le gouverneur général le 6 novembre 1925, les pouvoirs de l'empereur en matière d'administration sont confiés au Résident Supérieur, le Régent et plus tard l'empereur continuant d'assurer uniquement les pouvoirs rituels !

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 02

Deux Chambres des Représentants du Peuple pour le Tonkin et l'Annam sont créées respectivement par arrêté du gouverneur général le 19 mars 1913 et par ordonnance royale le 19 avril 1920 (composées uniquement des représentants élus au suffrage indirect et des fonctionnaires ainsi que des notables nommés d'office par le Résident supérieur sur proposition des chefs de province) et qui n'ont que des attributions purement consultatives. En Annam-Tonkin et au niveau provincial, existent également des assemblées non délibératives : les Conseils provinciaux des notables. Dans tous les cas, l'absence de participation effective des Annamites au gouvernement et à l'administration de leur pays est flagrante, à bien des égards. C'est pourquoi, revenu de France le 8 septembre 1932 - après y avoir fait des études de sciences politiques - S.M. Bao Daï découvre avec stupéfaction que (selon un rapport verbal de son ministre Nguyên Huu Bài) « l’administration française a, pratiquement, toutes les affaires de l'État en main … ». Il ne reste à l’empereur que des compétences mineures et sans importance concernant les rites, le droit de grâce, la délivrance des brevets de génies et des grades honoraires posthumes.

Bao Daï commence donc son règne (s'agissant de son domaine réservé) par l’abolition des lays (prosternations) traditionnelles qui seront remplacées par une triple inclination devant la personne de l’empereur et par la suppression du harem, par conséquent celle des eunuques puisqu'il n'y a plus de gynécée à surveiller. Pour le jeune souverain, seule l’unique femme, Marie-Thérèse Nguyên Huu Hào, issue d'une famille riche mais catholique (là encore, Bao Daï va braver la tradition et les conservateurs de la Cour) qu'il épousera le 20 mars 1934, aura le litre de reine et même d'impératrice Nam Phuong (Parfum du Sud) du vivant de l'empereur.

Il doit - malgré le fait presque accompli, - s'attaquer maintenant aux grands changements politiques. Par l'ordonnance du 10 septembre 1932, le jeune empereur manifeste sa volonté de gouverner avec le concours du peuple (la devise Dân Vi Qui : « Le Peuple avant tout » , le poursuivra plus tard dans toute son action face à Hô Chi Minh ou aux autorités françaises) sous la forme d'une monarchie constitutionnelle et de réformer notamment le corps mandarinal (très décrié par la population), l'enseignement et la justice. Dans une autre ordonnance du 2 mai 1933 et fort de l'impact qu'a exercé la première sur l'opinion, l'empereur Bao Daï déclare vouloir prendre personnellement le gouvernement de l'Empire par le rajeunissement de la Cour et la réorganisation du Nôi Cac. Il choisit Nguyên Dé, un jeune vietnamien de culture occidentale (originaire d'Hanoi), comme secrétaire particulier et supprime le poste de ministre de la Guerre (devenu inutile, étant donné que ses sujets servant dans la garde royale, les milices ou la police, relèvent de l'autorité française).

Après avoir nommé un juriste tonkinois de 51 ans, Bùi Bang Doàn à la Justice, Bao Daï fait appel à l'un des plus jeunes chefs de province, Ngô Dinh Diêm, pour le poste de ministre de l'intérieur en remplacement et sur proposition de Nguyên Huu Bài alors âgé de 70 ans, avant le départ de celui-ci du gouvernement. Issu d'une famille de mandarins, Diêm : « ce catholique de 31 ans est un homme de caractère, réputé pour son intelligence et sa rigoureuse intégrité » (Bao Daï, Le Dragon d'Annam, Mémoires, Paris 1980). C'est lui qui assume également les fonctions de secrétaire de la Commission mixte franco-vietnamienne chargée d'étudier les réformes annoncées au début de l'ère Bao Daï. Mais nationaliste intransigeant, Diêm démissionne au début de septembre 1933 parce que, dit-il, « Par la faute des Français, la voie des réformes m'est interdite, celle de la révolte ouverte ne peut aboutir ». C'est à Thai Van Toan qui siégeait déjà au « Co Mât » alors présidé par Nguyên Huu Bài que Bao Daï a fait appel pour compléter le Cabinet avant de laisser Pham Quynh, qui bénéficie du soutien du gouverneur général, agir au nom de la Cour dans ses relations avec les Français.Le jeune empereur regrette cependant le départ très prématuré de Ngô Dinh Diêm (qu'il retrouvera bien plus tard en 1954-1955 et qui sera le partisan acharné de sa chute et de celle de la monarchie).

Le journaliste écrivain Pham Quynh (35 ans) à qui l'empereur confie les fonctions de directeur de cabinet avec rang de ministre, a esquissé dans un journal de Hanoi (après les événements de 1930) les grandes lignes d'une future constitution très modérée instituant une monarchie rénovée dans le cadre de la monarchie régnante et du protectorat établi par le Traité de 1884.

Quoiqu'il en soit, le programme de réformes du souverain (qui répond à l'attente d'un grand nombre de jeunes vietnamiens de la petite bourgeoisie intellectuelle), et auquel les « services civils » (l'administration française) soutenus par les milieux traditionalistes et conservateurs, ont opposé une sourde résistance, n'a pu aboutir.

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 03

Lors de son 4e voyage en 1932 à Paris, Bao Daï voulut obtenir de la France qu'elle respecte au moins les termes du Traité de 1884 et abolisse par exemple l'obligation pour l'empereur de réunir trois signatures françaises pour décerner aux maîtres d'école annamites les palmes académiques ou de solliciter celle d'un adjudant pour changer un pneu de sa voiture ! Georges Mandel alors ministre des Colonies lui a pourtant opposé une fin de non-recevoir.

En mai 1939, la famille impériale fait un voyage en France où l'empereur vient d'acheter le château de Thorenc (au-dessus de Cannes). Il vient à Paris, avenue de Lamballe, seulement en juin. Plus tard, il sera invité à un déjeuner à l'Élysée avec le président Albert Lebrun, à l'occasion duquel tout Annam était là : « Le couple impérial bien sûr - écrit Daniel Grandclément (Bao Daï ou les derniers jours de l'Empire d'Annam, Paris 1997, p. 112) - mais aussi Pham Quynh, l'homme fort du palais impérial et M. Lang, l'oreille de l'impératrice, et un autre conseiller privé de l'empereur. Et Vinh Cân encore, l'éternel cousin. Côté français : Camille Chautemps, Paul Reynaud et les têtes pensantes du ministre des Colonies. Un beau et grand déjeuner, un mois avant la déclaration de la Seconde Guerre Mondiale ».

Rentré précipitamment à Huê (afin de pouvoir rester auprès de son peuple si la guerre venait à éclater), Bao Daï écrit de sa main une lettre au ministre Mandel pour proposer la nomination d'un mandarin le représentant et siégeant aux côtés du fonctionnaire de la République au Tonkin. Une réforme à laquelle le ministre français dira quand même non.

II. Bao Daï, dernier empereur - chef de l'État : les années de braise (1945-1955)

Le coup de force japonais du 9 mars 1945 entraîne la rupture de l'état de droit international sauvegardé péniblement par l'amiral Decoux représentant du gouvernement français en Indochine, et détruit la souveraineté française en Cochinchine et dans l'Annam-Tonkin placé sous protectorat. Le Japon réalise ainsi par la force l'annexion territoriale de l'ex-colonie française et libère en même temps l'Empire d'Annam de la France protectrice. Profitant de la débâcle française, S.M. Bao Daï fait une proclamation à Hué, dénonçant le Traité de 1884, le 11 mars 1945 : « Vu la situation mondiale et celle de l'Asie en particulier, le gouvernement du Viêt-Nam proclame publiquement qu'à dater de ce jour le Traité de protectorat avec la France est aboli et que le pays reprend ses droits à l'indépendance. Le Viêt-Nam s'efforcera par ses propres moyens de se développer pour mériter la condition d'un Etat indépendant, etc. »...

Cette déclaration a pour effet la novation des conventions passées entre la France et l'Empire d'Annam : le nouvel État du Viêt-Nam se substitue à l'État protégé d'Annam-Tonkin. Le Traité de 1874 n'ayant pas été visé, le statut colonial existe toujours en Cochinchine en faveur de la France qui en demeure le souverain légitime malgré l'occupation provisoire du territoire par l'armée nippone. Le Japon y maintient en vigueur le régime colonial en remplaçant seulement le gouverneur français par un gouverneur japonais : M. Minoda.

Au Viêt-Nam, la disparition de l'Autorité française n'a pas pour effet le rétablissement du régime de protectorat au bénéfice du pays du Soleil-Levant qui n'occupe ici la place de la France que pour liquider progressivement les services administratifs français au profit du nouvel État indépendant. Dans ce contexte, les structures politiques et administratives traditionnelles de l'Empire étant maintenues, l'empereur étant toujours « Fils du Ciel », va exercer les fonctions de chef de l'État, d’un État de monarchie constitutionnelle. Reste à choisir un responsable du gouvernement (après la démission de l'équipe Pham Quynh le 19 mars) et le choix de Bao Daï portera sur Trân Trong Kim, un historien érudit et nationaliste convaincu de surcroît.

Cette indépendance octroyée demeure fragile mais si nous avions été à la place de l'empereur, aurions-nous pu agir autrement ? Ce dernier, mieux que quiconque, a été parfaitement conscient de son rôle. En effet, après la proclamation de l'indépendance, il a fait savoir à l'ambassadeur Yokohama qu'il désirait « connaître les conditions dans lesquelles se réalisera cette indépendance » et d'ajouter qu'il ne saurait cacher son « espoir de voir la Cochinchine bénéficier de la même indépendance que l'Annam et le Tonkin ». Yokohama fit vaguement une promesse mais seulement pour l’avenir. « Je ne m'étais donc pas trompé, écrit S.M. Bao Daï dans ses Mémoires, p. 105. Nous sommes entre les mains des Japonais… Je n’insiste pas, mais je reviendrai à la charge car l'unité du pays me tient autant à cœur que son indépendance ».

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Le cabinet formé par Trân trong Kim (président du Conseil) le 17 avril 1945, est composé en grande partie d’intellectuels de culture occidentale et pour la plupart issus du Comité de rédaction de la célèbre revue « Thanh Nghi » (Opinion distinguée). Le monarque-chef de l'État annonce le 8 mai la mise en chantier des réformes par l'élaboration d'un projet de Constitution et la création des comités consultatifs aux différents niveaux du territoire, de la province à la commune.

Pour le Viêt-Nam indépendant, la devise « Le peuple avant tout » doit constituer le fondement et l'esprit de la monarchie constitutionnelle. Par la réforme fiscale du 23 mai, sont dorénavant exemptes d'impôt personnel les contribuables à faibles revenus. Le remplacement des chefs de service français dans la fonction publique par les Vietnamiens se fait progressivement et Bao Daï obtient même la promesse par les Japonais de la dissolution du gouvernement général, après quoi les attributions de ce dernier reviendront aux trois États d'lndochine. Le 2 mai, Phan Kê Toai est nommé Khâm Sai (délégué impérial) au Tonkin. En juillet, les concessions, françaises : Hanoi, Haïphong et Tourane, sont rétrocédées au Vietnam.

Au lendemain d'Hiroshima (le 6 août) qui sonnait le glas de l'impérialisme japonais Bao Daï obtient le retour de la Cochinchine dans le giron de l'Empire. A partir de ce moment et avant même que la France ait pu définir de nouveaux rapports à établir avec le nouvel État, la crise de politique interne est ouverte au sein de la nation vietnamienne et les institutions traditionnelles de l'Empire vont subir le contrecoup de la Révolution. La rupture entre l'Etat monarchique confucéen et les forces vives de la nation est en train de se préparer, favorisée dans ce processus par la volonté des groupements politiques de lutter contre l'occupant japonais et après la capitulation le 15 août de celui-ci, contre le retour de la France coloniale en Indochine.

C'est dans ces conditions que les partis politiques sortent de leur clandestinité, intensifient leur propagande et leur action. La plupart de ces formations sont nationalistes (Comme le Daï Viêt ou le Viêt Nam Quôc Dân Dang), qui mènent avant tout un combat pour l'indépendance du Vietnam. Tandis que l'ex-Parti communiste indochinois (PCI), sous l'apparence d'une Ligue pour l'indépendance : « Viêt-Nam Dôc Lâp Dông Minh » ou Viêt-minh, se préoccupe avant tout de transformer la démocratie libérale en démocratie marxiste.

Mais pour l'heure, et faisant écho aux revendications générales de toutes les formations révolutionnaires, le Viêt-minh lutte aussi et de manière hautement stratégique pour l'indépendance et l'unité du Pays et ce aux côtés même des Alliés (notamment Américains) contre l'impérialisme fasciste nippon. Son chef, Nguyên Ai Quôc alias Hô Chi Minh, rentré clandestinement au Nord Viêt-Nam en octobre 1944, met en place à tous les niveaux du territoire des Comités révolutionnaires, d'abord au Tonkin puis en Annam et jusqu'en Cochinchine. Estimant l'occasion favorable quatre jours après Hiroshima, il lança le 10 août 1945 le mot d'ordre d'une insurrection générale et organise, une semaine plus tard, des manifestations populaires.

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Il existe alors deux pouvoirs dans l'État : un pouvoir révolutionnaire (donc de fait) et un pouvoir légal détenu par le dernier empereur de la dynastie des Nguyên. Le gouvernement Trân Trong Kim tend d'abord - dans un premier mouvement - à intégrer les forces révolutionnaires dans l'organisation dirigeante du pouvoir établi (par le biais d'un Comité de Salut National). Le président du Conseil était soucieux (dans sa proclamation du 18 août) de réaliser - en cette heure grave que traverse la nation - l'union de toutes les formations politiques « dans un élan d'enthousiasme sous le signe de l'unité et de l'indépendance ». Le même jour, Bao Daï adresse un message au président Truman, au Roi George VI, au généralissime Tchang Kaï Chek et au général de Gaulle. A ce dernier, l'empereur du Viêt-Nam écrit une lettre pour ainsi dire divinatoire et qui se termine ainsi : ... « je vous prie de comprendre que le seul moyen de sauvegarder les intérêts français et l'influence spirituelle de la France en Indochine est de reconnaître franchement l'indépendance du Vietnam et de renoncer à toute idée de rétablissement de la souveraineté ou à une administration française sous quelque forme que ce soit ».

Après l'échec de la tentative de Trân Trong Kim (chef du gouvernement démissionnaire) et ayant reçu un message (le 22 août) signé par un « Comité de patriotes représentant tous les partis et toutes les couches de la population » lui demandant d'« accomplir un geste historique en remettant ses pouvoirs » (Mémoires, P. 118), Bao Daï est prêt à s'effacer car pour lui : « À cette heure décisive de l'histoire nationale, l'union signifie la vie et la division la mort » (ibid, p. 119). Et l’acte d’abdication arriva, signé le 25 août 1945 au Palais Kiên Trung en présence des représentants Viêt-minh (Trân Huy Liêu et Cù Huy Cân) entre les mains desquels l'empereur remit le Sceau et l'Épée. C'est la fin de l'Empire d'Annam « Vu le puissant élan démocratique qui se développe dans le nord de notre royaume... Nous passons le pouvoir au gouvernement républicain démocratique » ...

Désormais, la dictature révolutionnaire se trouve institutionnalisée, légalisée. Le 29 août suivant, Ho Chi Minh forme un cabinet qu'il préside, en nommant l'ex-empereur au poste de conseiller suprême. Le 2 septembre 1945, Ce nouveau chef du gouvernement lit devant une foule rassemblée sur la place Ba Dinh à Hanoi, sa déclaration d'indépendance.

La décision (prise par l'empereur afin d'éviter une éventuelle guerre civile entre Vietnamiens) d'abdiquer et de remettre les sceaux impériaux aux représentants du Viêt-minh le 25 août 1945, va propulser dans le monde international le président du « Gouvernement Révolutionnaire Provisoire » formé le 29 août et dont Bao Daï devenu citoyen Vinh Thuy sera le conseiller suprême. Jusque-là, Hô Chi Minh a acquis une certaine légitimité ; à partir du 25 août 1945, il entre dans la légalité, la révolution étant faite du côté vietnamien. Les nationalistes doivent désormais se rallier aux communistes ou se dissoudre tandis que les forces armées des alliés victorieuses du Japon se voient obligées de négocier avec le seul interlocuteur valable, le Viêt-minh.

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 06

Après sept mois environ pendant lesquels il a assumé, en tant qu'ex-empereur devenu citoyen Vinh Thuy, ses fonctions de conseiller suprême du gouvernement d'Hô Chi Minh, Bao Daï est envoyé en mission en Chine (en mars 1946), à Hongkong où il s'exilera volontairement pour ne rentrer dans son pays que comme chef d'un État auquel la France a accordé officiellement l'indépendance (refusée à Hô Chi Minh). À cause de la guerre commencée le 19 décembre 1946 entre les forces Viêt-minh et le corps expéditionnaire français (qui a débarqué au Vietnam sur ordre du général de Gaulle, par suite des incessantes négociations entre la France et le gouvernement communiste d'Hô Chi Minh et qui n'ont pas été couronnées de succès (ce dernier prenant le maquis pour pouvoir continuer la lutte), la France se tourne vers l'ex-empereur en 1947 (le 9 septembre), étant prête à préparer son retour au pays. Mais Bao Daï tergiverse, pose ses conditions, soutenu dans ce combat par toutes les formations politiques nationalistes dont les représentant, - après avoir formé le 23 mai 1948 un gouvernement central provisoire présidé par le général Nguyên Van Xuàn - iront le 27 mai suivant à Hongkong pour prononcer le serment d'allégeance à l'ex-empereur.

Les négociations entreprises entre la France et le gouvernement central provisoire ont abouti à la Déclaration commune faite le 5 juin 1948 en baie d'Along entre M. Émile Bollaert, Haut commissaire de France en Indochine et le général Nguyên Van Xuân, président du GCP du Viêt-Nam en présence de S.M. Bao Daï, et aux termes de laquelle : « La France reconnaît solennellement l'indépendance du Viêt-Nam auquel il appartient de réaliser librement son unité... » et aux Accords du 8 mars 1949 (dits Auriol-Bao Daï) signés personnellement par l'ex-empereur en tant que chef de l'État du Vietnam. Par là suite, l'ordonnance du 23 mai 1948 créant le gouvernement de fait du général Nguyên Van Xuân, est remplacée par celle du 1er juillet 1949 signée par S.M. Bao Daï, chef de l'État et qui énonce les grandes lignes de l'organisation et du fonctionnement des institutions du Viêt-Nam.

Cette constitution provisoire repose sur la base du principe de la souveraineté populaire (c'est l'application de la devise baodaïste : le peuple avant tout) : la volonté du peuple est la source de toutes les activités nationales. Mais si l'article 1er dispose que « Le peuple vietnamien décidera librement de ses institutions », cette assertion est seulement valable pour l'avenir car « du fait des circonstances actuelles de guerre, elle (sa volonté) ne peut s'exprimer librement ».

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 07

Dans ces conditions, le gouvernement, doté de « pouvoirs suffisants » exerce la souveraineté, mais la conformité doit exister entre la conduite gouvernementale et les vœux de la masse, au moyen d'une Assemblée nationale consultative et d'une assemblée nationale constituante, cette dernière ne pouvant être instituée qu'une fois la paix revenue, les élections devenant possibles. Depuis le 1er juillet 1949, et jusqu'au 21 janvier 1950, l'ex-empereur assumait à la fois les fonctions de chef d'État et de chef de gouvernement. Dans le gouvernement du 21 janvier 1950, Nguyên Phan Long est nommé président du Conseil, S.M. Bao Daï demeurant chef de l'État. Il en est de même des autres gouvernements qui s'ensuivent : Trân Van Huu le 6 mai 1950, Nguyên Van Tâm le 25 juin 1952, Buu Lôc le 12 janvier 1954... Enfin, Ngô Dinh Diêm obtient sa nomination comme chef de gouvernement le 17 juin 1954 tandis qu'au même moment en France, Pierre Mendès-France est investi (le 19 juin) par l'Assemblée nationale pour faire la paix au Viêt-Nam.

Il faut bien constater que dans cette histoire, c'est Hô Chi Minh qui - afin de gagner les patriotes révolutionnaires de vitesse - s'est empressé de proclamer (comme nous l'avons vu) le 2 septembre 1945 l'indépendance formelle du Viêt-Nam alors qu'il n'avait pas encore les moyens de sa politique, et ce dès la capitulation du Japon (le 15 août) et le départ des Japonais qui avaient occupé l'Indochine française depuis 1940. C'est donc le fondateur de la République démocratique du Viêt-Nam (RDVN) qui a précipité une guerre commencée en décembre 1946, soi-disant pour la sauvegarde de l'indépendance toujours revendiquée (jamais obtenue) et dont la fin négociée en juillet 1954 à Genève entre les grandes puissances intéressées, consacra la partition du pays en deux zones : la RDVN (communiste) au nord du 17e parallèle et le Viêt-Nam nationaliste au Sud.

Bao Dai - Dernier Empereur d'Annam 08

Dès le 26 avril pourtant, S.M. Sao Daï a fait publier un communiqué de mise en garde : « Le Viêt-Nam ne saurait admettre l'éventualité de négociations par lesquelles la France, contrairement au principe de l'Union française dont elle se réclame, traiterait avec des rebelles à la nation vietnamienne ou avec des puissances rebelles à celle-ci », dénonçant par avance le partage du pays et conclut : « Ni le chef de l'État ni le gouvernement du Viêt-Nam ne se considèrent liés par des décisions qui iraient à l'encontre de l'indépendance et de l'unité de leur pays ».

Nous connaissons la suite : Ngô Dinh Diêm est renouvelé dans ses fonctions de président du gouvernement en octobre 1954 dans un État dont l'ex-empereur est encore le chef mais dont la forme définitive se trouve encore en suspens.

République ou monarchie ? À cette question, le Premier ministre Ngô Dinh Diêm va bientôt nous donner la réponse en organisant un référendum du 23 octobre 1955 (absolument inconstitutionnel) demandant au peuple de déposer l'ex-empereur-chef de l'État pour qu'il puisse instituer la République (la 1ère au Sud Viêt-Nam avec la promulgation de la Constitution du 26 octobre 1956).

Épilogue

S.M. Bao Daï est décédée d'une tumeur au cerveau à l'hôpital du Val-de-Grâce à Paris, le 31 juillet 1997

Lê Mông Nguyên
Membre de l'académie
des Sciences d'Outre-Mer,
juriste et politologue.

*Communication du 19 novembre 1999 à l'Académie des sciences d'outre-mer.


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